
Il y a 18 ans, l’équipe de France de rugby marquait l’histoire en remportant le Tournoi des Six Nations lors d’une année impaire. Un scénario palpitant, une équipe de légende et un dénouement à couper le souffle face à l’Écosse lors de la dernière journée. Aujourd’hui, les Bleus ont à nouveau l’opportunité de briser cette malédiction des années impaires et d’inscrire leur nom en lettres d’or dans l’histoire du rugby européen.
Antoine Dupont, un leader visionnaire
Après la défaite frustrante contre l’Angleterre à Twickenham, Antoine Dupont avait déjà tout anticipé : « On sait que c’est long, il reste deux matches à jouer à l’extérieur (…) Si on joue comme ça, on ira gagner partout », déclarait-il dans les vestiaires, selon des propos rapportés par France Rugby. Son instinct ne l’a pas trompé. Un mois plus tard, les hommes de Fabien Galthié ont retourné la situation et s’apprêtent à disputer un match décisif contre l’Écosse pour s’offrir un 27e titre dans cette compétition mythique.
Certes, la quête d’un Grand Chelem demeure un exploit rare – en moyenne tous les sept ans – et n’a jamais été réalisé lors d’une année impaire. Mais la victoire finale, même sans cet accomplissement ultime, reste une prouesse exceptionnelle.
2007, un précédent historique
Si l’on remonte en 2007, la France vivait une situation étrangement similaire. Sous la direction de Bernard Laporte, une génération dorée composée de Harinordoquy, Betsen, Ibanez, Clerc ou encore Jauzion, se battait pour la suprématie européenne quelques mois avant la Coupe du Monde organisée dans l’Hexagone. Cette équipe, comme celle de Dupont aujourd’hui, regorgeait de talents.
Cette année-là, les Bleus avaient notamment triomphé en Irlande grâce à un essai légendaire de Vincent Clerc dans les derniers instants, avant de trébucher en Angleterre lors de la quatrième journée. Un revers à Twickenham (26-18) qui, comme en 2024, avait laissé un goût amer. Denis Charvet, fin analyste du rugby français, qualifie ce genre de scénario d’exceptionnel : « C’est une révélation totale, on savait qu’il était doué, mais il n’a pas de limite, c’est extraordinaire ! »
Et que dire des coïncidences avec 2025 ? À l’époque, la France, l’Angleterre et l’Irlande avaient chacun concédé une défaite avant la dernière journée, et devaient respectivement affronter l’Écosse, le Pays de Galles et l’Italie. Un alignement des étoiles qui, aujourd’hui, se répète presque à l’identique.
Un dénouement inoubliable
Mais la tâche était autrement plus ardue en 2007. Contrairement à l’équipe actuelle qui pourrait se contenter d’une victoire, les hommes d’Ibanez devaient l’emporter avec au moins 24 points d’avance, l’Irlande ayant surclassé l’Italie (51-26) plus tôt dans la journée. Pascal Papé se souvient de l’état d’esprit qui animait l’équipe : « Déjà, on voulait gagner avec le bonus, puis saisir l’opportunité. La philosophie, c’était vraiment de construire cette victoire. Et après si on pouvait aller au-delà des points, c’était du bonus », confiait-il à RMC Sport.
Dans un Stade de France en ébullition, les Bleus menaient 39-14 avant qu’un essai écossais ne réduise l’écart à 39-19, compromettant leurs espoirs de titre. Mais dans un ultime effort, Elvis Vermeulen s’écroulait dans l’en-but à la 82e minute, offrant à la France un succès mémorable (46-19). Le suspense n’était pas totalement levé, car il fallait encore attendre le match de l’Angleterre. Mais lorsque le XV de la Rose s’inclina à Cardiff, la France était sacrée.
Pourtant, le trophée fut soulevé dans un stade déserté par le public, une image marquante que Pascal Papé n’a jamais oubliée : « On avait fêté et soulevé le trophée dans un stade vide ».
2025 : Une chance à saisir
Aujourd’hui, le XV de France se trouve dans une situation où tout reste possible. Une victoire contre l’Écosse ce samedi leur offrirait un 27e sacre dans l’histoire du tournoi. Cette fois, le trophée serait brandi sous les ovations de 80 000 supporters. La promesse d’un moment historique pour Dupont et sa génération.
Alors, assisterons-nous à un remake glorieux de 2007 ? Une chose est sûre : l’histoire est en marche, et les Bleus ont l’opportunité d’écrire un nouveau chapitre légendaire du rugby français.